Comment j'en suis arrivé à dessiner tous les jours?
Comment j'en suis arrivé à dessiner tous les jours?
Le changement et la rencontre comme moteurs créatifs
Au programme: Résidence Créative en Géorgie ~Le voyage de Darwin ~ Biais d'inertie ~
Il y a un an tout pile, je vivais ma dernière rentrée en tant qu'étudiante, juste après un voyage très marquant en Géorgie.
J'emménageais à Paris, toute excitée de cette nouvelle année qui commençais.
Je ne me doutais pas de ce qui m'attendais. En tout, l'année dernière j'ai :
- Déménagé 3 fois.
- Fait un burn-out et quitté mon poste (je travaillais dans la cybersécurité).
- Entamé un chemin d'introspection extrêmement profond pour m'en sortir.
- Changé totalement de style artistique (virage à 90 degré vers la BD! :D)

Changer m'a permis de libérer ma créativité. Car depuis le mois de mars (période de mon burn-out), je dessine et j'écris absolument tous les jours.
Depuis le mois de mars, j'ai rempli 6 carnets à dessin.
Cette intensité créative est je pense le résultat d'une chose essentielle : le changement, dont le voyage et la rencontre peuvent être les initiateurs. Le changement qui rapproche de soi-même.
Dans cet article, nous allons décortiquer ma propre expérience, et celle d'autres grands créatifs pour le comprendre. Et ça pourrait vous être utile ;). C'est parti !
📖La rencontre au cœur du changement
Faire des rencontres, c'est un des meilleurs moyen de changer, et donc d'évoluer.
On peut rencontrer un individu, un groupe d'individus, tout autant qu'un livre, une œuvre, un lieu !
Pour le philosophe français Charles Pépin, la rencontre se caractérise par un changement intérieur: Après chaque rencontre, je suis à chaque fois un peu différent.e. Pour lui sans changement, il n'y a pas de réelle rencontre.
Lorsque je suis rentrée en France après mon voyage, l'été dernier en Géorgie, j'étais différente. Un peu plus proche de moi-même.
Je n'arrivais plus à accepter autant de choses contraires à mes principes qu'avant.
Nous étions 9 lors de ce voyage, tous créateurs de quelque-chose (entrepreneurs, créateurs de contenu, coachs, il y avait de tout!). Nous ne nous connaissions pas, pour la plupart, et avons passé deux semaines dans une sorte de villa à proximité de la Mer noire, à Batoumi.

Je ne sais si c'est l'expérience en elle-même, la distance humaine et géographique qui la sépare de la France, ou bien l'énergie qui animait mes colocataires qui m'a fait rencontrer la Géorgie l'été dernier.
Mais j'ai quelques pistes.
En psychologie sociale, Kurt Lewin explique que nous avons tous en nous des forces opposées. Les unes sont favorables au changement et les autres sont favorables à la stabilité. Mais surtout, il a découvert, alors qu'il était chargé par le gouvernement américain de convaincre la population de manger des abats (tiens tiens :p) que:
- Les conférences (discussions non engageantes) étaient moins efficaces que les débats (discussions engageantes) pour conduire un changement
- Les forces de groupe sont plus importantes que les forces (ou résistances) psychologiques individuelles
Et justement, nous avons eu énormément de débats et d'échange lors de notre voyage en Géorgie ! (on en a même fait un podcast).
Que ce soit pour la vraie rencontre, comme la définit Charles Pépin ou pour le voyage, je pense que se sentir engagé est primordial dans un processus de changement. Quoi de mieux que partir à l'aventure (humaine comme géographique) pour cela? :p
⛵Charles, qui devient Darwin sur le Beagle !
Je ne suis pas la première à avoir vécu une transformation pendant un voyage. L'exemple qui me semble le mieux illustrer ce phénomène est...l'histoire de Charles Darwin. (en parlant d'évolution et de changement!)
Charles devait devenir médecin, comme son père. Puis prêtre.
Spécialiste de rien mais curieux de tout, il collectionnait très jeune tout ce qu'il trouvait intéressant: des pierres aux coléoptères. (les papillons quoi !)
Cette passion n'était pas bien vue de tous, on le considérait comme un homme dissipé.
Pourquoi?
Il y a rarement, dans nos sociétés, une place pour ce que j'appelle "les amoureux de l'universel". Les polymathes, les curieux ! C'était déjà d'actualité au 19ème siècle. Même Léonard de Vinci, au 15ème siècle, était initialement considéré comme un inculte pour ne pas avoir reçu une éducation "classique". Darwin, tout comme Léonard, a dû se créer une place.
Un jour, grâce aux recommandations d'un de ses professeurs, il embarque sur le Beagle, un bateau qui doit explorer l'Amérique du Sud, dont les limites littorales sont encore à définir. Il échappe de justesse à la vie ecclésiastique.
Ce n'est pas le 1er voyage du Beagle, mais le 3ème. Le dernier capitaine s'est suicidé. Pour ce voyage, Darwin est avant tout recommandé pour que sa compagnie n'évite un nouveau drame au jeune capitaine remplaçant, qui n'a que 26 ans. Il n'a pas de rôle définit sur le navire. Il s'en crée un : il sera naturaliste !
Le voyage durera trois ans et trois mois. A son retour, Charles est devenu Darwin. L'homme sérieux, le spécialiste ! C'est dans sa rencontre avec la nature brutale des forêts amazoniennes que naît l'idée de la sélection naturelle. Puis la théorie de l'évolution.
C'est à un voyage, à une rencontre que nous devons l'une des théories les plus bouleversantes dans l'histoire de l'humanité.
🌱Résister au changement nous empêche-t-il de s'accomplir?
Bon, le jeune Charles est devenu Darwin grâce à son voyage sur le Beagle. Mon année de changements radicaux a sûrement été initiée par mon voyage en Géorgie. Mais pourquoi ne voyage-t-on pas plus souvent alors?
Le changement peut être effrayant.
Et en plus de ça, c'est couteux en énergie. (et en sous pour le voyage, évidemment) On ne peut pas changer sur commande.
A chaque fois que je vis un bouleversement dans ma vie, j'aime me référer à ce graphique :

La période de résistance face à un grand bouleversement peut passer par plusieurs phases: Le déni, la colère ou la tristesse. Le déni est, je pense, une forme de protection. La colère et la tristesse sont nécessaires. Les deux sont très coûteuses en énergie psychique.
Car si c'est agréable de partir en vacances à l'autre bout de la planète, ça l'est moins de remettre en question sa propre culture, ses propres croyances.
Je parlais au début de cet article de la psychologie sociale.
L'inertie cognitive (McGuire) désigne justement une forme de résistance au changement. Mais attention, elle fait référence à la résistance au changement non pas d'idée mais d'un processus de pensée.
Autrement dit, il est naturel d'avoir du mal à changer sa perception d'un sujet, ou un problème.
Il a été constaté que l'inertie cognitive pouvait avoir un lien direct avec la sévérité de la la dépression et la rumination. Pour réduire l'inertie cognitive, certains psychologues recommandent donc d'utiliser la méthode socratique : Une forme de dialogue argumentatif entre plusieurs individus. (tiens tiens, ça ne vous rappelle pas l'expérience sur les abats de ce cher Kurt Lewin? ;p)
🧑🤝🧑 La création implique l'altérité.
Après cette analyse au peigne fin de quelques processus pouvant conduire au changement, et donc au rapprochement de soi-même, ou d'une version plus évoluée de soi (vous trouvez ça contradictoire? ) vous avez désormais en main plusieurs informations clé:
- La rencontre nous change toujours intérieurement (Charles Pépin)
- Le voyage favorise la rencontre par une forme d'engagement et de vulnérabilité (Charles Darwin)
- Il est naturel, à différents degré, d'être résistant au changement (inertie cognitive de McGuire)
- Le débat et le dialogue sont les meilleurs moyens de changer sa vision du monde (Socrate?)
Si vous n'avez pas les moyens de partir à l'autre bout du monde, une rencontre est toujours possible. Et pour ça, nous avons besoin les uns des autres. Et d'engagement.
La création, finalement, est sûrement loin d'être un voyage individuel :)
Doodleuse
Sources:
- Darwin Tome 1: à bord du Beagle (BD, dessins de Fabio Bono, aux éditions Glénat)
- Charles Darwin l'autobiographie, (Science ouverte, Editions Seuil)